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Le départ de Draghi complique l'évolution du discours de la BCE-sources
information fournie par Reuters 05/02/2019 à 14:44

 (Actualisé avec nouvelles citations, contexte, réactions des
marchés)
    FRANCFORT, 5 février (Reuters) - Certains responsables de la
Banque centrale européenne (BCE) sont réticents à l'idée de
modifier le discours de l'institution sur l'évolution future des
taux d'intérêt car cela risquerait de lier les mains du prochain
président de l'institution avant même sa nomination, a-t-on
appris de quatre sources proches du dossier.
    Alors que l'économie de la zone euro montre des signes de
ralentissement, le discours de la BCE en vigueur depuis l'an
dernier, selon lequel elle s'achemine vers une hausse de taux,
est de plus en plus déconnecté des anticipations des marchés.
Mais ses dirigeants ont jusqu'à présent pris soin de ne pas
donner d'indices sur l'évolution possible des taux après le
départ du président, Mario Draghi, dont le mandat s'achèvera le
31 octobre.
    Cette attitude prudente suggère que la BCE optera en
priorité pour d'autres mesures, comme des prêts à long terme aux
banques de la zone euro, pour soutenir le crédit et l'activité,
tout en conservant la possibilité de modifier son discours sur
les taux si la conjoncture se dégrade encore. 
    "Le fait de ne pas savoir qui sera le prochain président est
vraiment la raison qui explique notre hésitation", a dit l'une
des sources à Reuters. 
    "Normalement, ce ne serait pas un problème mais Draghi est
une personnalité tellement puissante qu'il est assez difficile
de s'engager au-delà de son mandat."
    Le successeur de Mario Draghi doit être nommé après les
élections européennes de la fin du mois de mai. Parmi les noms
des personnalités données comme favorites pour prendre la
présidence de la BCE figurent ceux de François Villeroy de
Galhau, le gouverneur de la Banque de France, et de Jens
Weidmann, le président de la Bundesbank, dont les opinions en
matière de politique monétaire sont très différentes.
    Ces divergences de vues compliquent la donne car le Conseil
des gouverneurs de la BCE a pour tradition de s'aligner sur le
discours du président, ses membres n'ayant pas pour habitude de
contester publiquement celui-ci.
    
    PRUDENCE SUR LES SIGNAUX AU-DELÀ D'OCTOBRE
    "Mais nous sommes pragmatiques et nous prendrons la décision
si c'est nécessaire", a dit une autre source. "Simplement, nous
devons être très prudents en matière de signaux au-delà du 31
octobre tant que nous ne savons qui va arriver."
    Cette attitude prudente implique une probabilité faible d'un
changement de discours lors de la prochaine réunion de politique
monétaire, en mars, si la situation économique reste telle
qu'elle est aujourd'hui, ont dit les sources. 
    La BCE a refusé de commenter ces informations.
    La majorité des économistes interrogés par Reuters avant la
réunion de politique monétaire du 24 janvier avaient dit
s'attendre à une hausse du taux de dépôt (actuellement fixé à
-0,40%) en décembre prochain alors que les contrats à terme sur
les marchés monétaires n'intègrent aucun relèvement de taux
avant la mi-2020.
    Mario Draghi a simplement pris acte de ces anticipations
lors de sa conférence de presse du 24 janvier, renvoyant à la
réunion de mars, lors de laquelle la BCE présentera ses
nouvelles prévisions de croissance et d'inflation.
    L'assurance de Mario Draghi et sa tendance à prendre parfois
des décisions sans recourir à des consultations larges et
prolongées ont eu des avantages par le passé, notamment en 2012,
en pleine crise de la zone euro, avec son discours promettant de
défendre la monnaie unique "quoi qu'il en coûte" ("whatever it
takes"). 
    Mais ces traits de caractère risquent de devenir une
contrainte à l'approche de la fin de son mandat, ont estimé
plusieurs des responsables de la BCE interrogés.
    Mardi, l'euro cédait un peu de terrain face au dollar vers
13h40 GMT, autour de 1,1420  EUR= . Sur le marché des emprunts
d'Etat, les informations de Reuters sur le recours possible à de
nouveaux prêts à long terme aux banques (TLTRO) ont brièvement
favorisé la baisse des rendements obligataires italiens: celui
des emprunts d'Etat italiens à dix ans est revenu à 2,735% avant
de remonter à 2,762%  IT10YT=RR . 
    

 (Balazs Koranyi et Francesco Canepa, avec Virginia Furness à
Londres;
Marc Angrand pour le service français)
 

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